Evolution technique des procédés comptables; conséquences en matière de preuve
March 25, 2008 – 3:34 pm
Il importe d’insister sur un point : le caractère probant d’un fait n’est pas objectif, mais purement subjectif. Telle démonstration mathématique est une preuve pour un mathématicien, et ne l’est pas pour un profane.
Un fait est probant lorsqu’il crée une évidence dans l’esprit du juge une preuve est ce qui crée un état d’esprit de conviction. Et c’est là un phénomène psychique purement subjectif.
Or, l’évolution technique de la comptabilité tend à effacer cette évidence des faits sont prouvés par des documents, ils ont été inscrits au Journal puis un ordinateur s’en est saisi et les restitue, directement ou indirectement, sous la forme d’un bilan.
Le lien entre le bilan et les faits n’est plus évident.
La suite des chiffres, totalisés et analysés, directement lisibles et interprétables est rompue. Le lien entre le bilan et les faits ne peut être rétabli qu’en refaisant le même travail, de préférence avec un autre ordinateur, dont le réglage et la « programmation » auront été vérifiés avec soin, au besoin par une épreuve qu’on lui fera subir et dont le résultat sera connu d’avance. L’évidence a disparu et laisse place à l’expérimentation, avec tous ses aléas.
Tel serait donc le sort de la comptabilité.
Peut être pas, car l’on confond alors deux questions : l’aspect juridique et l’aspect analytique, disons économique, des problèmes à traiter.
Quelle que soit l’entreprise, il est toujours possible, par les moyens classiques, en lecture directe, de tenir une comptabilité qui, partant des faits, aboutira sans faille, à un Bilan et un compte de Pertes et Profits.
Il suffit ici de savoir se contenter, par exemple, des «Comptes principaux » du Plan comptable général.
C’est ensuite qu’interviendra l’ordinateur, pour reprendre les mêmes faits, et en faire toutes les analyses souhaitables, auxquelles, sans lui, il faudrait renoncer, et ce serait bien dommage.
Lui fournira d’abord l’analyse aussi détaillée qu’on le voudra des comptes principaux.
A lui il appartiendra de traiter la comptabilité analytique, la comptabilité budgétaire, et d’effectuer toutes analyses de caractère économique.
Ce serait une immense erreur de confondre les besoins juridiques et les besoins économiques de l’entreprise, et de sacrifier les premiers aux seconds.
L’analyse juridique est une nécessité obligatoire, mais elle n’exige que des moyens simples.
L’analyse économique est une autre nécessité, exigeant souvent l’emploi de procédés de traitement ultra modernes.
L’erreur serait de confondre les deux. Elles doivent exister, chacune avec ses moyens propres.
L’analyse juridique doit prouver aux juges et aux tiers.
L’analyse économique doit seulement fournir des données à l’utilisateur lui même du procédé, qui a le droit d’avoir simplement foi et dans la machine, et dans le programme qu’il a lui même choisi et qu’il lui a imposé.