Comptabilité par Prix de revient intégré

Lorsqu’au cours du XX siècle l’industrie prit une extension de plus en plus grande, les industriels à leur tour cherchèrent une méthode qui put convenir à leurs besoins.

Contrairement aux commerçants, les industriels ne disposent pas de prix d’achat qu’ils puissent comparer utilement à leurs prix de vente possibles, ils n’achètent pas, ils fabriquent. Ce qu’il leur faut connaître c’est le prix de revient de leur fabrication. Or, dans de nombreux cas, les opérations des industriels ne sont pas tellement différenciées entre elles et si bien isolées qu’elles puissent faire l’objet de comptes d’opérations à proprement parler. C’est nécessairement la comptabilité par exercices qu’ils ont dû appliquer, et c’est à partir de la comptabilité par exercices qu’ils ont voulu élaborer leurs prix de revient, c’est à dire, en fait, reconstituer à posteriori une comptabilité par opérations.

Pour cela, il fut ouvert des comptes de prix de revient, comparables en quelque sorte à l’élément débiteur d’un compte d’opérations ; et ces comptes de prix de revient furent débités de toutes les charges de fabrication d’un objet déterminé, charges déterminées hors comptabilité par tout procédé, statistique ou autre, en créditant en contrepartie les différents comptes de charges.

Ces comptes de charges étaient ainsi, en quelque sorte, annulés au profit des comptes de prix de revient.

Mais les industriels, dépassant le but, voulurent intégrer dans ces prix de revient non pas simplement les charges d’opérations, mais bien toutes les charges quelconques de l’entreprise.

Les écritures nouvelles avaient pour objet d’enregistrer en comptabilité des calculs de prix de revient extra comptables, et la comptabilité achevée ne présentait plus que des prix de revient en face des prix de vente, tous les comptes de charges ayant été plus ou moins crédités, donc annulés au profit des prix de revient.

Une conséquence de cette méthode est la disparition du compte Exploitation et, avec lui, de la connaissance du bénéfice brut.

Appliquée dans la presque totalité des entreprises industrielles jusqu’en 1947, cette méthode présentait de nombreuses imperfections dont l’étude relève d’un cours de comptabilité industrielle ; et, dès 1935, des recherches étaient entreprises par divers théoriciens pour essayer de résoudre le problème consistant à obtenir en comptabilité des prix de revient, sans détruire les comptes de charges par nature dont l’utilité, d’un autre point de vue, était grande.

C’est de ces recherches que naquit la comptabilité articulée à partie multiple.

Comptabilité articulée à partie multiple

Une comptabilité articulée est, en l’espèce, une comptabilité à partie quadruple. Elle comporte une comptabilité générale tenue selon le principe ordinaire des comptabilités par exercices. Et, parallèlement, une seconde comptabilité à partie double enregistre, par un procédé dit de réflexion, toutes les charges et tous les produits inscrits dans la comptabilité générale, soit au fur et à mesure de leur inscription, soit plus souvent sous forme de totaux mensuels.

Ce procédé permet donc de conserver intacte la comptabilité générale, qui fonctionne comme si la comptabilité dite analytique d’exploitation n’existait pas, tandis que celle ci, reprenant par la voie de la réflexion toutes les charges et tous les produits de la comptabilité générale, et eux seulement, est assurée de déterminer un résultat global, identique à celui de la comptabilité générale.

Il est impossible de développer ici l’étude de ce type de comptabilité sa description complète ne peut être faite que dans un cours de comptabilité industrielle.

Le Plan Comptable général français est précisément un plan fondé sur le principe des comptabilités à partie multiple : c’est une comptabilité à partie quadruple comportant, dans ses classes 1 à 8, une comptabilité générale par exercices, tandis que la classe 9 constitue à elle seule, une comptabilité à partie double, la comptabilité analytique d’exploitation.

Comptabilité par prix coûtant

Il est également possible, par le moyen d’une comptabilité, de déterminer à la fois les prix coûtants (sans imputation de charges fixes) et les coûts de production ou prix de revient (avec imputation de charges fixes) de diverses productions telles que A, B, C, etc.

Il suffit de remplacer chaque compte de coût de production (coût de production de A, par exemple), par deux comptes : Prix coûtant A et Charges fixes A, dont la somme reconstitue le coût de production de A.

conclusion

Imaginée pour satisfaire aux besoins des commerçants, pour leur permettre de « suivre leurs affaires », et de « savoir où ils en sont » (étude de la gestion et étude de la situation, dirions nous aujourd’hui), la comptabilité, plus ou moins réglementée à partir du XVIIe siècle, voit alors s’accuser son caractère juridique (preuve préconstituée, contre le commerçant essentiellement, et, accessoirement et sous condition, en sa faveur).

A partir de 1917, l’introduction (ou la réintroduction) en France de l’impôt sur le revenu, infléchit ce caractère juridique vers le droit fiscal. Et l’influence de celui ci, ses exigences, sont telles qu’aux yeux de beaucoup de gens la fiscalité est la seule raison d’être de la comptabilité, qu’ils croient, de bonne foi, avoir été tout récemment inventée pour cette seule fin.

Mais les faits économiques sont les plus forts. Et, depuis quelques vingt ou trente ans, ils ont fait redécouvrir la vraie raison d’être de la comptabilité : l’étude de l’entreprise, sous ses divers aspects : Situation, Gestion, Production.

Et c’est à cette récente redécouverte que la méthode comptable doit son brillant essor actuel.

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