Méfaits de la dépréciation monétaire
Les dépréciations monétaires ont des inconvénients graves qui se manifestent tout d’abord par l’inexactitude des bilans. Par exemple, les immeubles achetés en 1914 figurent à l’actif pour un million d’unités monétaires, alors que leur valeur d’acquisition en 1914, évidemment inchangée, a pour mesure 200 millions d’unités monétaires actuelles, lesquelles sont utilisées pour mesurer les autres postes du bilan.
Une conséquence en est que les amortissements sont calculés sur une valeur nominale mesurée en monnaie ancienne, donc qu’ils sont très insuffisants en valeur actuelle.
D’autre part, le nombre exprimant la mesure du capital demeurant inchangé, l’intérêt statutaire continue d’être payé aux actionnaires sur une valeur nominale ancienne, alors que le superbénéfice, assuré en francs actuels, sera partagé statutairement entre actionnaires porteurs de parts et conseil d’administration, ce qui avantage indûment les deux derniers groupes.
Enfin la dépréciation a une action plus insidieuse et plus dangereuse encore sur le fonds de roulement:
En période de dépréciation, des lois ou règlements imposent toujours en pratique le calcul des prix de vente en fonction des prix d’achat. Il en résulte que le commerçant, qui doit constamment racheter ses stocks à un prix plus élevé que l’achat primitif, doit prélever la différence sur ce qui aurait dû être son bénéfice brut, et, en période de dépréciation rapide, on peut même imaginer que l’augmentation du prix d’achat excède le bénéfice brut.
Quant aux créances sur les clients, elles sont constamment encaissées en unités monétaires ayant une valeur moindre qu’à la date de la vente. Ceci se trouve d’ailleurs compensé en partie par le même phénomène à l’égard des fournisseurs. Mais, en conséquence, on diminue ou on supprime le crédit pour réduire le délai entre vente et paiement et par là réduire la perte subiecette réduction du crédit peut entraîner de graves perturbations économiques.
La même dévalorisation frappe les espèces en caisse et en banque. C’est pourquoi, dans les périodes de grande dépréciation comme cela s’est passé en particulier en Allemagne vers 1924 et 1925, on voit les commerçants et les industriels faire des dépenses en installations et en matériel, dans des proportions bien supérieures à leurs besoins, simplement pour, à tout prix, sauver leur fonds de roulement en le transformant en immobilisations qui, elles du moins, conserveront leur valeur réelle. C’est encore là un phénomène qui contribue à faire disparaître le fonds de roulement des entreprises.
Ainsi, du fait de la dépréciation monétaire, directement ou indirectement, le fonds de roulement de toutes les entreprises se trouve progressivement détruit.
Divers remèdes ont été imaginés :
- Provision pour renouvellement du stock;
- Dotations pour stocks. Ils sont toujours partiels.
La raison en est que le but que se proposent les réglementations telles qu’elles ont été conçues jusqu’à ce jour dans divers pays, est essentiellement fiscal. Il s’agit de permettre aux entreprises de calculer leurs amortissements en fonction de la valeur réelle des immobilisations, et non de leur valeur nominale à l’époque de leur acquisition. Très accessoirement, de ne pas imposer non plus la partie du bénéfice nécessaire pour reconstituer le stock (et non le fonds de roulement).
Mais, si nous nous plaçons sur le plan économique, l’étude financière d’une entreprise exige généralement la comparaison de plusieurs bilans successifs. Cette comparaison n’est possible que si ces divers bilans sont établis dans une même monnaie; la réévaluation économique de ces bilans est donc indispensable, si l’étude porte sur une période de dépréciation monétaire.
La réévaluation fiscale des bilans serait alors insuffisante dans bien des cas. D’où la nécessité, avant d’exposer la réglementation française récente, de procéder à une étude générale et théorique de la réévaluation.
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