Définitions de la production
May 2, 2008 – 1:37 pm
Avant d’aborder la notion de production dans les différents systèmes de comptabilité nationale, il n’est pas sans importance de remonter l’histoire de la Pensée économique en vue de retracer, l’évolution de cette notion à travers certains pionniers de la pensée économique. Parce que de toutes les façons, ce sont ces derniers qui ont plus ou moins inspiré les différents systèmes de comptabilité nationale à travers les différentes conceptions qu’ils se sont faites de la production.
La notion de production à travers l’histoire de la Pensée économique.
La notion de production a été définie par les différents auteurs en fonction du développement économique de leurs époques.
Pour le chef de fil des physiocrates François QUESNAY, seule l’activité agricole est considérée productive. Et toutes les autres opérations économiques qui ne sont pas reliées à la terre ne relèvent pas du domaine de la production.
Ainsi, se trouvent exclues de la production toutes les activités industrielles et commerciales qui sont considérées par F. QUESNAY comme des activités stériles.
Le fondateur de l’école classique Adam SMITH viendra critiquer cette acception très restrictive de la production adoptée par F. QUESNAY et enseignera que la production est l’activité réalisée par le travail productif. C’est à dire le travail qui s’exerce sur un objet matériel susceptible d’être accumulé.
Par conséquent la production chez A.SMITH est composée de toutes les activités agricole et industrielle qui débouchent sur la création d’un objet matériel et d’un produit physique.
Ainsi, se trouvent exclues de la sphère productive toutes les activités de services à part le commerce.
Karl MARX a gardé la distinction faite par A. SMITH entre travail productif et travail improductif, ce qui lui a permis d’adopter une conception identique de la production à la différence près qu’il a exclu de la sphère productive les activités de commerce qui ne donnent naissance à aucun produit matériel. Il a, par contre, introduit dans la production les services rattachés au transport des objets matériels.
C’est avec Jean Baptiste SAY que la définition de la notion de production sera basée sur une conception objective. En effet pour lui, relèvent du domaine de la production tous les biens et services destinés à être vendus sur le marché. C’est ainsi que tous les produits qui ont un caractère marchand font partie de la production. C’est à dire que pour J. B . SAY, la sphère productive est égale à la sphère marchande.
Une autre conception subjective et très extensive de la production est celle adoptée par les néoclassiques. Pour eux, tout ce qui satisfait le besoin de l’Homme et donc accroît son utilité relève de la production, qu’il fasse ou non l’objet d’échange.
La notion de production à travers les systèmes contemporains de la comptabilité nationale
Les conceptions de la production des différents auteurs présentés précédemment sont plus ou moins à l’origine des principaux systèmes de comptabilité nationale que nous allons voir dans ce paragraphe.
la comptabilité du produit matériel.
C’est un système de comptabilité qui a été adopté par les anciens pays socialistes. Il s’inspire de la vision marxienne de la production. Ce système de comptabilité nationale, basé sur une conception restrictive de la production, rejette toutes les activités de services destinées à la consommation finale.
Par exemple, le travail d’un avocat ou d’un enseignant ne fait pas partie de la production. Le transport des marchandises est inclus dans la production s’il est effectué par l’entreprise productive. Il en est exclu s’il est réalisé par une autre agence de transport.
Il convient de remarquer que le système de comptabilité de produit matériel, pour lequel la sphère de la production est inférieure à la sphère marchande, est délaissé par les pays qui l’avaient adopté et qui sont maintenant en transition vers le système normalisé de comptabilité nationale.
Le système marocain de comptabilité nationale d’avant 1969 et le système français de comptabilité nationale d’avant 1976 étaient basés sur une conception intermédiaire de la production inspirée notamment de la définition de J. B. SAY. Dans ce type de systèmes de comptabilité nationale, tous les biens et services qui s’échangent sur le marché relèvent du domaine de la production. On peut alors dire que dans ce cas la sphère productive est égale à la sphère marchande. Par exemple, le travail d’un avocat, d’un médecin, d’un notaire… etc. est inclus dans la production alors que le travail d’un enseignant, d’un militaire.., et les services rendus par les administrations publiques et les associations à titre bénévoles en sont exclus. Dans ce cas on peut noter:
Production = Somme des biens et services marchands
le système normalisé de comptabilité nationale adopté par le Maroc depuis 1969, repose sur une conception plus large de la notion de production . Pour ce système la sphère productive implique toutes les activités socialement organisées destinées à produire des biens et des services marchands ou obtenus à l’aide de facteurs de production marchands, notamment par le travail rémunéré. Ainsi dans ce cas on peut dire que la sphère de production est plus large que la sphère marchande.
En effet, outre les biens et services marchands, la production comporte les services non marchands, mais qui sont réalisés par un travail rémunéré.
Par exemple, le travail d’un militaire de carrière, d’une bonne domestique… et les services rendus gratuitement par les administrations et les salariés des institutions financières sont pris en compte dans le calcul de la production.
Par ailleurs, force est de constater que les biens et les services réalisés par le travail non marchand ne sont pas pris en compte dans le calcul de la production. C’est à dire qu’ils sont exclus de la sphère productive. C’est le cas notamment des biens créés par des bricoleurs chez eux, les services produits par les femmes aux foyers, les services rendus gracieusement par certaines associations bénévoles.
L’exclusion de ce type de biens et services est d’autant plus justifiée qu’ils n’engendrent aucun flux monétaire. Ce qui pose d’énormes problèmes au niveau de leur évaluation.
Ainsi la production finale du pays se trouve réduite d’une quantité de biens et de services tout simplement parce qu’elle ne peut pas être aisément mesurée.