: Extension du sens de Débit et Crédit
March 15, 2008 – 12:24 pm
Plus tard, au XIIIe siècle peut être, apparaissent de nouveaux comptes qui ont dû sembler aux comptables bien artificiels encore que nécessaires.
Nécessaires en effet. Car l’enregistrement des créances et des dettes ne suffit pas à décrire le patrimoine du Maître, à connaître sa situation à un instant donné. Outre ses créances (inférieures peut être à ses dettes) il possède des navires, des cargaisons, des immeubles, des stocks… et des espèces dans ses coffres.
Pour connaître la situation patrimoniale du Maître, il faut « tenir compte » de ces divers biens réels.
Aux comptes qui représentaient les Créances (Comptes Débit) et aux comptes qui représentaient les Dettes (Comptes Crédit) viennent donc s’ajouter des comptes qui représentent les Biens du commerçant autres que les Créances, ses Biens réels. Ce sont des comptes tels que Immeuble, Matériel, Marchandises, Caisse.
Pour représenter la fortune du commerçant, ces Biens s’ajoutent aux « Comptes Débit ». On les assimile donc à ceux ci. Ils sont aussi des « comptes Débit », à leur façon. Et l’on inscrit en tête le mot « Débit ».
Dès le XIIIe siècle apparaît également un compte « Raison sociale », ancêtre de notre compte Capital, et représentant la dette de l’Entreprise envers les associés, collectivement.
Et par sa nature, ce fut un « Compte Crédit ».
En distinguant ainsi le patrimoine de l’Entreprise de celui des associés, en inscrivant au Passif la Raison sociale, comme compte créancier, on «donnait une solution juridique au problème de la classification du compte Capital ».
Tous les éléments du patrimoine de l’entreprise positifs ou négatifs, étant ainsi inscrits dans les comptes, nous sommes en présence, pour la première fois, d’une COMPTABILITÉ nouvelle, du type que nous appellerons « A PARTIE SIMPLE», caractérisée par deux laits:
A une époque quelconque (fin d’exercice par exemple) il suffit de faire la différence entre la somme des actifs et celle des passifs pour connaître le Résultat.
Ce qui donne une nouvelle valeur au compte Raison sociale, cri vue du nouvel exercice.
Cette somme algébrique des comptes est présentée dans un tableau appelé dès ce moment (XIIIe siècle) Balance ou Bilan (les deux mots sont alors synonymes).
On peut trouver encore actuellement des comptabilités tenues de cette façon (1), ne comportant que des comptes d’actif et de passif, faisant connaître le résultat par différence entre la somme des actifs et celle des passifs, et dans lesquelles le résultat s’ajoute à la fin de l’exercice au compte de la Raison sociale que nous appelons aujourd’hui « Capital ».
Elles sont symbolisées par la formule: Actif Passif = ± Résultat
où les mots Actif et Passif représentent respectivement la somme des actifs et celle des passifs.
Les mots Débit et Crédit ont perdu leur sens primitif.
Débit désigne le signe des Créances et aussi ce qui s’y ajoute: les autres Biens, les Biens réels. C’est le signe de l’Actif.
Crédit désigne le signe des Dettes, et aussi ce qui s’y ajoute: le compte de la Raison sociale.
C’est le signe du Passif.
Qui plus est : sous l’influence du raisonnement algébrique qui pénètre en Europe précisément à cette époque, le mot Débit par exemple désigne plus particulièrement à l’intérieur même d’un compte Débit, l’opération d’origine et ses accroissements, qui ont caractérisé le compte ; tandis que les éléments négatifs, venant en déduction, prennent le nom de Crédit.
Inversement, dans un compte Crédit, les éléments négatifs prennent le nom de Debit.
A la fin du XVe siècle, l’évolution est achevée ; Débit et Crédit ayant perdu leur sens étymologique ne sont plus que les mots dont on désigne les éléments positifs et les éléments négatifs du patrimoine de l’entreprise, et les variations, elles mêmes positives ou négatives de ces éléments.
Débit et Crédit sont dès lors les noms donnés en Comptabilité au signe positif et au signe négatif.
Leur signification est devenue purement algébrique.
Dès la fin du XVe siècle, le mot conventionnel Débit désigne simplement le signe de l’Actif ; le mot Crédit, le signe du Passif. Et à l’intérieur d’un même compte, le Crédit est le négatif du Débit et réciproquement.
Les signes Par et A
L’assimilation aux usages algébriques est encore plus complète: après l’époque de l’Algèbre rhétorique des Arabes, nous sommes, à la fin du XVe siècle, en période d’Algèbre syncopée, avant que n’apparaisse, au XVIII siècle, l’Algèbre symbolique que nous connaissons aujourd’hui.
L’Algèbre syncopée, en guise de signes opératoires, utilisait des mots conventionnels.
Le signe = s’écrivait oequatur,
L’x était Rebus,
Census désignait une puissance 2,
et ainsi de suite.
« Rebus quatur census 4 » s’écrirait de nos jours x = 4.
En comptabilité, deux mots tirés de l’usage courant (comme les mots algébriques conventionnels) représentaient le Signe Débiteur et le Signe Créditeur.
C’étaient les mots Per et A (par et à ).
(Dû par Dupont, parce que je lui ai vendu..
(Dû à Durand, parce que je lui acheté…)
Comme en Algèbre aussi, les expressions comptables, les écritures, sont ordonnées: tous les nombres positifs dans le premier membre de l’égalité, tous les nombres négatifs dans le second. En comptabilité, la règle devient : Débits à gauche, Crédits à droite ; c’est la Règle de Position, systématique dès la fin du XVe siècle dans le « Mode de Venise », et longtemps ignorée d’autres Ecoles, l’Ecole Florentine ou Germanique notamment.
Comme en Algèbre enfin, le signe Par est en général sous entendu, spécialement devant le premier terme d’une écriture ; tandis que le signe A ne devrait jamais l’être.
Dès la fin du XVe siècle, Par et A ne sont plus que les signes du Débit et du Crédit, le + et le de la Comptabilité.
Ainsi, la Deuxième Phase est caractérisée par une extension du champ d’observation, la création de nouveaux comptes, quelque peu artificiels aux yeux des comptables de l’époque (Marchandise, Matériel, Caisse), l’apparition du compte de la Raison Sociale, représentant la mise d’origine et ses accroissements, la notation algébrique des opérations, analysée en éléments de signe débiteur et de signe créditeur, avec les opérateurs Par et A.
La Comptabilité est, à la fin du XVe siècle, une application particulière de l’Algèbre.
Le premier traité imprimé de comptabilité est un chapitre dans un traité de mathématiques.
Cette phase paraît s’étendre du XIVe au XVe siècle ; elle est accomplie à la fin du XVe siècle.