Luca Paciolo: La Summa

March 15, 2008 – 12:46 pm

Très heureusement, un ouvrage paru en 1494, le plus ancien ouvrage de doctrine comptable imprimé qui soit connu, nous permet cette étude. Son auteur s’appelait Luca Pacioli.

Ce n’est pas ici la place de décrire longuement la vie des auteurs comptables anciens, ni le contenu de leurs oeuvres en général.

De chacun d’eux, nous ne citerons que le nom, lorsque nous signalerons les principes ou perfectionnements qui lui sont dus.

Cependant, il est nécessaire pour la compréhension même de notre sujet de rappeler très brièvement quelques traits caractéristiques de la personnalité de Pacioli.

Religieux de l’Ordre des Franciscains, professeur de théologie, Frère Luc est surtout connu de nos jours comme mathématicien.

Il vécut à Venise, Pérouse, Naples, Rome et Milan, où, à la Cour de Ludovic Sforza, il connut Léonard de Vinci.

Deux seulement de ses ouvrages sont parvenus jusqu’à nous

1494. Summa de Arithmetica, Geometria, Proportioni, et proportionnalité;

1509. De Divina proportionne.

La Summa est un traité de mathématiques très complet.

Le second est une étude sur les nombres harmoniques et spécialement le Nombre d’Or.

Chasles, le grand mathématicien, devait dire de Pacioli, en 1837, qu’il fut l’un des plus grands initiateurs dans la science mathématique.

Non content de traduire le géomètre Euclide et de faire connaître l’oeuvre algébrique de Mohammed ben Musa, il y ajoute plusieurs propositions nouvelles.

C’est dans la Summa que se trouve le chapitre «DE COMPUTIS ET SCRIPTURIS », sur les comptes et sur les écritures.

Modeste, il cite les ouvrages de mathématiques dont il s’est servi pour composer son traité, et il ajoute que quand il ne cite aucun nom, c’est Léonard de Vinci qui fut son guide.

Léonard de Vinci, génie universel, qui s’occupa de toutes les connaissances humaines avec un rare bonheur et fut souvent, en bien des matières, un grand précurseur.

L’ombre de Léonard de Vinci derrière Luca Pacioli.

Ne nous étonnons plus de trouver en 1494 un traité de Comptabilité, le premier connu, qui soit déjà d’une perfection achevée : le Mode de Venise, qui devait conquérir l’Europe Occidentale sous le nom de Partie double, est né.

Luca Pacioli fut il à lui seul le créateur du Mode de Venise, l’inventeur de ses règles et principes?

C’est peu probable. Lui même nous assure qu’il ne fait que décrire les usages de son temps et de son pays.

Nous devons l’en croire. Divers indices donnent à penser d’ailleurs qu’il existait alors, en Italie du Nord, une tradition orale, un enseignement, dont d’autres échos, bien affaiblis, nous sont parvenus.

Le mérite de Luca Pacioli n’en demeure pas moins grand.

Il fut le premier, et pour des siècles le seul, à énoncer clairement les principes fondamentaux qui constituent le fond de la doctrine comptable. Et, du premier coup, mit à sa place la Comptabilité parmi les sciences, en la rangeant parmi les disciplines mathématiques.

Dès la fin du XVe siècle et le début du XVe, l’enseignement de Pacioli s’impose avec force.

De l’Italie, par les Foires et par les voyageurs, il gagne Lyon, puis Anvers, puis Paris, enfin l’Espagne et l’Angleterre. On trouve sa trace à Nuremberg.

De nombreux auteurs traduisent et commentent Pacioli (quelques uns en oubliant de le citer). C’est l’Ecole Vénitienne. Son oeuvre est encore aujourd’hui le fondement très sûr de la doctrine comptable française.

A toutes les époques, des chercheurs ont rêvé de faire mieux. Certains ont pu apporter quelques perfectionnements à la méthode primitive ; ils se rattachent donc directement à l’Ecole de Venise, dont leur oeuvre est comme une floraison nouvelle. Ce sont les principaux d’entre eux que nous citerons tout à l’heure.

D’autres, ignorant, ou n’ayant pas compris le Mode de Venise, se sont écartés de ses règles fondamentales. Et c’est ainsi qu’à toutes les époques du XVIe siècle au e siècle inclus se sont créées des Ecoles dissidentes, appelées quelquefois florentines ou germaniques.

Ephémères aussi, car aucune n’a jamais pu supplanter le Mode de Venise.

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