L’utilité de l’information sectorielle
March 12, 2008 – 11:41 am
L’information sectorielle est un outil qui permet aux utilisateurs des états financiers d’identifier et d’analyser les risques et les opportunités rencontrées par les entreprises diversifiées. La compréhension de ces risques et de ces opportunités est l’élément clé d’une bonne analyse de la performance et du potentiel d’une entreprise. Le montant et la volatilité des cash flows futurs sont du plus grand intérêt pour tout investisseur. Or, ces éléments sont directement influencés par les perspectives économiques des différents secteurs d’activité et marchés géographiques dans lesquels l’entreprise est engagée. L’information sectorielle améliore le processus de décision des investisseurs en permettant à ceux ci de prendre en compte non seulement des informations sur l’entreprise, mais également des données sur les secteurs d’activité et les marchés régionaux. Les investisseurs peuvent ainsi mesurer l’impact que tout changement au sein d’un secteur pourrait avoir sur l’entreprise dans son ensemble. La prévision du montant et de la volatilité des cash flows s’en trouve améliorée.
Cette argumentation montre clairement que la question de l’information sectorielle est apparue dans le cadre du modèle comptable anglo saxon qui fait de la fourniture d’informations utiles à la prise de décision l’objectif central de la comptabilité. Dans les pays où la détermination du bénéfice distribuable est l’objectif principal, c’est à dire en Europe continentale surtout, l’information sectorielle n’a jamais été considérée comme essentielle. En Allemagne, par exemple, la réglementation en la matière est encore, à l’heure actuelle, extrêmement limitée. Ceci peut s’expliquer par le fait que, jusqu’à une époque relativement récente, peu de sociétés publiaient des états financiers consolidés .
Dans ce contexte, il est important de relever que non seulement l’information sectorielle aide à la prévision du développement futur de l’entreprise, mais qu’elle permet aussi de mieux évaluer les performances passées ainsi que l’affectation des ressources entre les divers secteurs du groupe. Cela donne aux actionnaires et autres partenaires de la société la possibilité de mieux apprécier la pertinence et l’efficacité des décisions des dirigeants, tant au niveau global qu’à celui des différents secteurs de l’entreprise. Cette fonction de contrôle est commune à toutes les approches de la comptabilité.
De nombreuses recherches empiriques (études d’événements, tests sur la capacité prédictive de ces informations, enquêtes auprès d’analystes financiers) ont montré que les données sectorielles ont un fort contenu informatif pour les utilisateurs des états financiers. Selon ces derniers, il est plus facile de faire des prévisions de résultats ou de cash flows à partir d’informations sectorielles que de données agrégées. Ainsi, dans l’esprit des utilisateurs des états financiers, les données sectorielles fournissent la base nécessaire à une meilleure évaluation des développements futurs de l’entreprise (pour plus de détails sur ces recherches, voir Mohr, 1983 ; Prodhan, 1986 ; Boersema et van Weelden 1992 ; Pacter, 1993). Récemment, ce sont surtout les investisseurs et les analystes financiers qui ont manifesté le plus d’intérêt pour ce genre d’information et qui ont réclamé aux entreprises la fourniture de données sectorielles (Boersema et van Weelden, 1992; Pacter, 1994 ; Knoops, Bank et Happée, 1996).
Alors que, dans le passé, l’information sectorielle semblait avoir un rapport coûts/avantages défavorable, actuellement, les avantages apparaissent supérieurs aux coûts. Ces derniers sont de deux sortes (Boersema et van Weelden, 1992). Il y a tout d’abord les coûts directs de collecte, de traitement et de présentation des données sectorielles. Ces derniers ne sont généralement pas considérés comme significatifs, dans la mesure où les sociétés diversifiées collectent et utilisent déjà ces données désagrégées pour leur planification et leur contrôle interne. Même lorsque cela n’est pas le cas, ou lorsque l’information interne n’est pas présentée sous une forme utilisable, il semble peu probable que le coût d’adaptation soit très élevé compte tenu des moyens modernes de traitement de l’information. Pour être crédible, l’information sectorielle doit être soumise à un audit mais le supplément d’honoraires qui en découle ne devrait pas être considérable. Ce sont pourtant ces coûts directs qui justifient que la plupart des normes dispensent les entreprises de petite taille de la fourniture de ces informations .
L’existence de coûts indirects occasionnés par un handicap vis à vis de la concurrence est souvent invoquée par les entreprises pour justifier leur réticence à publier des informations sectorielles. Cependant, cet argument ne tient pas. En effet, si chaque entreprise divulgue le même type d’informations, il n’y a pas de perte de compétitivité à craindre. Au contraire, ces informations peuvent contribuer à favoriser une allocation optimale des ressources et, à ce titre, être utiles à l’économie dans son ensemble. Des distorsions de concurrence ne sont à redouter que si une partie seulement des entreprises sont tenues de publier ces informations, comme c’est actuellement le cas au niveau international. Dans certains pays en effet (aux États Unis, en Australie et au Royaume Uni notamment), les entreprises sont soumises à des obligations d’information bien plus grandes que dans d’autres.
Il ne faut pas non plus perdre de vue que l’information fournie par une entreprise diversifiée pour un secteur particulier est bien moins complète que celle donnée par une entreprise non diversifiée opérant sur ce même secteur. Les entreprises mono sectorielles publient bien plus d’informations sur leur seule et unique activité que ne le font les entreprises diversifiées dans leurs rapports sectoriels. La non divulgation de données sectorielles est donc de nature à provoquer une distorsion de la concurrence au détriment de l’entreprise non diversifiée. L’information sectorielle a donc un effet bénéfique sur la concurrence.
On peut également remarquer que l’information sectorielle ne renseigne que sur les résultats de la position concurrentielle de l’entreprise sur ses différents marchés et non sur les raisons dc ces performances. La constatation qu’une entreprise connaît un taux de rentabilité plus élevé que ses concurrentes sur un secteur donné ne permet pas de savoir si cela est dû à un meilleur contrôle de la production, à une meilleure qualité des produits ou à un meilleur marketing.
Néanmoins et compte tenu d’un risque potentiel de distorsions concurrentielles, de nombreuses réglementations permettent aux sociétés de ne pas publier certaines informations sectorielles, ou même la totalité de celles ci, si la divulgation de ces informations est de nature à porter préjudice aux intérêts de ces entreprises [voir par exemple la norme britannique SSAP 25 et le Code de commerce allemand (sec. 286, para 2)]. Ces clauses sont cependant de moins en moins employées.
Compte tenu de l’utilité évidente des informations sectorielles, il existe, dans tous les pays appartenant au modèle comptable anglo saxon, des normes qui imposent la publication de telles informations dans les états financiers consolidés. Les entreprises multinationales diversifiées d’autres pays publient aussi généralement des informations sectorielles pour répondre aux attentes des investisseurs internationaux, comme les analystes financiers.
La section suivante passe en revue les principaux problèmes et les principales difficultés techniques posés par la recherche de l’information sectorielle la plus adéquate aux utilisateurs des états financiers. Seront ensuite analysés les points communs et les différences entre les normes qui traitent de ce sujet.