Différents types de coûts marginaux

February 29, 2008 – 12:46 pm

Nous avons, à dessein, employé plus haut l’expression «niveau» sans préciser de quel niveau il s’agissait. En fait, il s’agit généralement du niveau d’activité dont il a été question dans les chapitres précédents. Selon les critères retenus pour caractériser cette activité, il est d’usage de retenir les trois classifications suivantes :

Classification selon l’objet de l’activité.

  1. Dans le cas d’entreprises commerciales ou d’entreprises de services, dans lesquelles l’activité est mesurée en quantités de marchandises ou de services vendus, il est courant de déterminer des coûts de distribution marginaux.
  2. Dans le cas d’entreprises industrielles, dans lesquelles l’activité est mesurée en quantités produites, on est conduit à déterminer le plus souvent des coûts de productions marginaux, bien qu’il soit possible de déterminer également, comme précédemment, des coûts de distribution marginaux. Pourtant, c’est en calculant, comme il a été procédé dans l’exemple initial, des coûts de revient (coût de production + coût de distribution) marginaux que les entreprises de ce type retirent le maximum d’avantages de l’application de la méthode dénommée, par abus de langage, méthode du coût marginal.

Classification selon l’importance de la variation du niveau de l’activité

  1. Dans l’exemple initial, nous avons été conduits à raisonner sur un ensemble de produits constituant un lot de cent éléments. La notion d’ensemble intervient en effet très souvent en matière de production et de distribution.
  2. Il est cependant concevable d’envisager une production et une vente à l’unité dans certains cas bien déterminés relatifs à des produits de très grande valeur fabriqués sur commandes (avions, locomotives, bijoux, etc.). Par ailleurs, nous savons que les économistes raisonnent également en retenant des variations égales à l’unité. Nous verrons enfin qu’en mathématiques, la prise en considération de variations unitaires est extrêmement fructueuse.

Classification selon le sens de la variation du niveau d’activité. L’exemple présenté initialement révèle que, dans une entreprise, par rapport à un niveau d’activité déterminé, existent :

  • Un coût marginal d’expansion, positif, qui permet aux responsables d’apprécier s’il y a intérêt, compte tenu de la recette supplémentaire escomptée, à accroître le niveau d’activité de l’entreprise;
  • Un coût marginal de régression, négatif, qui permet aux responsables d’apprécier, s’il y a intérêt, compte tenu de la diminution de recette escomptée, à diminuer le niveau d’activité de l’entreprise.

Remarquons d’abord que le coût marginal n’est pas un coût constaté en comptabilité, mais un coût estimé (1). Sa détermination résulte d’une analyse particulière des charges d’exploitation et de l’analyse de celle ci en fonction du volume.

Composition du coût marginal.

Il est commode, pour faire apparaître les composantes du coût marginal, de raisonner sur un exemple.

Présentation du cas concret.

Envisageons, dans la même entreprise que précédemment, le cas de la fabrication des machines à écrire qui dépend d’un département tout à fait autonome. Dans le tableau ci après sont compris divers renseignements faisant apparaître, relativement à divers niveaux de production exprimés en lots de cent unités :

  • les coûts totaux;
  • la décomposition de ces coûts en coûts de structure et en coûts variables;
  • les coûts unitaires par lots moyens (ou «totaux unitaires»);
  • variables;

marginaux

On constate que, consécutivement aux données représentatives du niveau 12, ont été représentées, relativement au niveau 13, trois séries de données s’excluant mutuellement, 13a, 13b et 1 3,, attachées chacune à des hypothèses différentes.

Commentaires.

Chacune des lignes, sauf la première, du tableau précédent contient des données qui, confrontées avec celle contenues dans la ligne correspondant au niveau d’activité immédiatement inférieur, permettent de mettre l’accent sur un aspect particulier de la décomposition du coût marginal.

Passage de la ligne 10 à la ligne 11.

On suppose:

  • que les charges de structure du département « machines à écrire» sont inchangées, en particulier les amortissements des immobilisations et les rémunérations servies aux ingénieurs, cadres, employés et ouvriers bénéficiant d’un emploi stable;
  • que les charges variables totales ont cru proportionnellement au niveau d’activité, c’est à dire de 10 %, ces charges pouvant comprendre en particulier:
  • des consommations de matières premières;
  • des rémunérations servies à de nouvelles personnes, de même qualification que celles déjà en exercice et rétribuées, selon leur niveau de qualification, dans les mêmes conditions que les anciennes.

Nous constatons:

  • que le coût unitaire moyen a diminué du fait que les mêmes frais fixes totaux ont été répartis sur un plus grand nombre de lots;
  • que le coût unitaire variable est resté constant.

Il s’ensuit

  • que le coût marginal ne contient que des charges variables;
  • que ce coût marginal est égal au coût variable unitaire.

Passage de la ligne 11 à la ligne 12.

Comme précédemment, un nouvel accroissement (de 1/11 cette fois) de l’activité est réalisé :

  • sans nécessiter de modifications dans le niveau des charges fixes;
  • en engageant des charges variables supplémentaires croissant proportionnellement à l’augmentation du niveau d’activité.

Les mêmes causes que précédemment produisant nécessairement les mêmes effets, il s’ensuit :

  • que le coût marginal ne contient toujours que des charges variables;
  • que ce coût marginal est toujours égal au coût variable unitaire.

Passage de la ligne 12 à la ligne 13,

Un nouvel accroissement (de 1/12 dans ce cas) de l’activité est encore :

  • sans nécessiter de modifications du montant des charges fixes;
  • mais en engageant des charges variables totales croissant plus que proportionnellement à l’augmentation de production; cela se produit, par exemple, lorsqu’il n’est pas procédé à l’embauchage de personnel nouveau, mais lorsqu’il est fait appel au personnel ancien rémunéré en heures supplémentaires dont le taux est plus élevé que celui des heures normales.

Il s’ensuit

  • que le coût marginal ne contient toujours que des charges variables
  • que ce coût n’est plus égal au coût variable unitaire.

Passage de la ligne 12 à la ligne 13b.

On suppose dans ce cas que, pour le même accroissement que précédemment soit réalisé

  • il faille accroître l’infrastructure de l’entreprise, ce qui entraîne une augmentation des charges fixes (dotations aux amortissements, en particulier)
  • il suffise de n’accroître les charges variables que proportionnellement à l’augmentation d’activité.

Il s’en suit

  • que le coût marginal contient, dans ce cas, deux parties:
  • la totalité de l’augmentation des charges fixes,
  • l’accroissement des charges variables totales,
  • que ce coût marginal n’est plus égal au coût variable unitaire.

Passage de la ligne 12 à la ligne 13c

L’accroissement de 1/12 du niveau d’activité est, cette fois, réalisé

  • grâce au même accroissement de l’infrastructure que dans le cas précédent;
  • grâce à un accroissement des charges variables totales moins que proportionnel à l’augmentation de l’activité; cette particularité peut être due au fait qu’une mécanisation relativement plus grande des tâches a pu être réalisée, ce qui a permis de procéder à un embauchage moins important de personnel que dans le cas l3b.

Dans cette éventualité également :

  • le coût marginal contient deux parties;
  • il n’est plus égal au coût variable unitaire.

Remarques.

Si dans le volume d’activité, on peut distinguer des tranches à l’intérieur desquelles les charges de structure restent fixes, le coût marginal est alors égal à l’accroissement (ou à la réduction) des charges variables.

Pendant de nombreuses années, une confusion s’était établie entre le «coût marginal » et le «coût variable ». Cette confusion a été entretenue, nous l’avons souligné, par le fait que dans la méthode du coût variable on était amené à calculer des marges. Mais une deuxième raison vient d’apparaître dans ce qui précède; dans de nombreux cas en effet,

coût variable unitaire = coût marginal.

Soulignons avec force que cette égalité n’est vérifiée que si les deux conditions suivantes sont remplies simultanément :

  • charges de structure = charges fixes,
  • charges variables = charges proportionnelles.

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