L’utilisation d’instruments financiers dérivés

March 12, 2008 – 11:31 am

Les instruments financiers dérivés (contrats à terme, futures, swaps et options) sont facilement négociables et très volatils, ils peuvent être utilisés aussi bien dans un but de spéculation que pour couvrir une position en devise étrangère. La rentabilité d’une telle couverture dépend évidemment du montant de l’« assurance » contre les fluctuations des taux de change que l’on souhaite obtenir.

Les contrats à terme et les futures sur devises

Un contrat à terme équivaut à fixer aujourd’hui un prix pour une quantité qui sera livrée à une date ultérieure. Par exemple, le 29 janvier 1995, le cours au comptant de la livre sterling à New York était de 1,5070 dollars pour une livre. Le taux à 3 mois (c’est à dire le prix à payer en avril pour une livraison à cette date) était de 1,5041. Les taux à terme peuvent être supérieurs ou inférieurs au taux au comptant en fonction des anticipations du marché. La différence reflète le prix du temps et les écarts de taux d’intérêts par rapport à l’étranger.

Considérons une entreprise américaine qui doit payer 100 millions de livres dans trois mois. Elle peut conclure un contrat à terme prévoyant, pour 150,41 millions de dollars, la fourniture de 100 millions de livres dans trois mois. Le coût du remboursement de la dette est ainsi connu à l’avance. À sa signature, un contrat à terme ne coûte généralement rien d’autre que des coûts de transaction, puisque le taux est fixé de façon à ce qu’aucune des parties ne puisse espérer en retirer un gain ou une perte. Sa valeur peut en revanche augmenter ou diminuer par la suite. En février par exemple, la livre peut, pour une livraison à la même date, être plus chère qu’en janvier, de sorte que le contrat existant s’apprécie. Si au contraire la livre s’affaiblit, le contrat peut prendre une valeur négative. L’évolution de la valeur du contrat compense les variations en dollars du montant de la dette.

À l’échéance du contrat et de la dette, cette dernière sera payée au taux au comptant. Le contrat à terme (vendu ou parvenu à échéance) a une valeur égale à la différence entre le taux au comptant à l’échéance et celui convenu. C’est ce montant que reçoit ou paie le détenteur du contrat. Tout se passe comme si l’entreprise avait remboursé sa dette au taux à terme.

Les futures de devises peuvent être considérés comme des contrats à terme négociables dont les caractéristiques sont standardisées et le mode de fonctionnement légèrement différent (il y a souvent des bouclements journaliers sur la base de l’évolution du taux au comptant).

Les options ou l’assurance à sens unique

Les contrats à terme contribuent à réduire la volatilité des résultats en garantissant un taux de change futur. Mais celui ci peut finalement s’avérer onéreux, comparé au taux au comptant à la date de livraison. Le contrat à terme peut donc aboutir à une perte. C’est pourquoi beaucoup de trésoriers d’entreprises préfèrent prendre une assurance à sens unique en acquérant des options sur devises qui protègent des variations défavorables des taux de change, tout en permettant de bénéficier des mouvements favorables.
Considérons par exemple le trésorier d’une entreprise américaine qui détient une dette de 100 millions de livres arrivant à échéance dans trois mois. S’il craint un affaiblissement de la devise britannique, il peut acquérir une option d’achat (call) qui lui donne le droit d’acheter 100 millions de livres dans trois mois à un taux fixé à l’avance (prix d’exercice). Contrairement au contrat à terme, l’option ne sera exercée que si les variations de change sont défavorables. Cette assurance à sens unique est évidemment plus onéreuse que l’autre.

Spéculation ou couverture

Les futures, contrats à terme, options, swaps et autres produits dérivés peuvent être utilisés aussi bien à des fins spéculatives que pour la couverture de positions en monnaies étrangères. D’un point de vue comptable, la tendance est d’évaluer en valeurs actuelles les instruments dérivés ne servant pas à des opérations de couverture et de comptabiliser les gains et pertes correspondants dans le compte de résultat. Le coût historique est en effet de peu d’utilité puisque le coût des contrats à terme est nul. Les variations de valeur de ces instruments pouvant être très fortes, certains pays et certaines sociétés adoptent une attitude prudente en matière de comptabilisation des gains non réalisés.

Les problèmes posés par la comptabilisation des opérations de couverture

Les problèmes résultent du fait que les opérations couvertes sont souvent traitées différemment des instruments de couverture. Les principales questions à résoudre sont les suivantes (voir Adams et Montesi, 1996 et Accounting Standards Board, 1996):

Comment her le traitement des gains et pertes de couverture à celui des pertes et gains sur la position couverte?

Les différentes solutions sont résumées dans le tableau 13 ci contre.

La règle de la position couverte tend à évaluer l’instrument de couverture et la position couverte au coût historique. Cela peut conduire à ne pas constater des pertes sur l’instrument de couverture parce qu’elles sont compensées par des gains non réalisés sur la position couverte, d’où un problème d’engagements hors bilan. La méthode différée est utilisée par le SFAS 52 américain et proposée par les exposés sondages E 40 et E 48 de l’IASC. Elle fait actuellement l’objet de critiques, dans la mesure où les gains et pertes de conversion ne répondent pas aux définitions des actifs et des dettes données par les cadres conceptuels existants.

La règle de l’instrument de couverture fait également en sorte que tous les changements de valeur de l’instrument de couverture et de la position couverte transitent par le compte de résultat en même temps. Le problème est que des instruments financiers identiques peuvent être évalués différemment selon qu’ils font ou non l’objet d’une couverture. Dans son exposé sondage de 1996, le FMB a proposé que les changements de valeur anticipés constatés sur la position couverte soient limités à ceux comptabilisés sur l’instrument de couverture. Cela complique l’interprétation de la base d’évaluation de la position couverte.

L’évaluation uniforme en valeurs actuelles évite la plupart des problèmes et assure la comparabilité de l’évaluation des instruments couverts ou non. Le FASB et I’ASB britannique considèrent cette approche comme la solution probable à long terme.

Qu’est ce qu’un instrument de couverture?

Le SFAS 52 et l’exposé sondage de 1996 du FASB exigent que les instruments de couverture soient désignés comme tels dès l’origine et que la position couverte soit précisément individualisée. D’autres textes prétendent que la couverture devrait être conçue de façon globale au niveau de l’entreprise (SFAS 80, anciens exposés sondages de l’IASC, discussion paper de 1996 de l’ASB).

En effet, la couverture d’une dette en monnaie étrangère peut accroître l’exposition au risque de change s’il existe déjà une créance dans la même devise. Une autre question est: Quelle doit être l’intensité de la corrélation entre les mouvements d’un instrument financier et ceux de la position couverte pour qu’on puisse parler de couverture?

Quelles positions peuvent faire l’objet d’une couverture?

Peuvent être couverts:

les actifs et les dettes en monnaie étrangère déjà inscrits dans les états financiers;

les engagements contractuels existants qui se traduisent par des actif ou des dettes non encore comptabilisés, comme l’utilisation d’un contrat à terme pour fixer le prix en dollars d’une commande portant sur un matériel en francs français payable dans trois mois;

d’autres transactions futures, telles que la vente de futures sur des yens pour bloquer le montant en dollars de prochaines ventes au Japon.

La comptabilisation de la couverture des créances et dettes existantes

Ce paragraphe examine le troisième problème mentionné précédemment, à savoir quelles positions peuvent être traitées selon les règles de la comptabilité de couverture. La première section envisage la couverture des actifs et dettes déjà enregistrés au bilan. La suivante est consacrée à la couverture des engagements et des futures opérations de l’entreprise. Considérons un contrat à terme en devises qui sert de couverture à la dette résultant de l’achat d’un terrain ou d’un stock. Ordelheide (1995) mentionne que quelques sociétés en Belgique, en Allemagne, au Japon, aux Pays Bas et au Royaume Uni traitent ce problème en comptabilisant la transaction initiale au cours du contrat à terme. Cela revient à utiliser l’approche de la transaction unique pour les opérations en devises étrangères.

D’autres approches plus complexes considèrent l’achat initial et le contrat à terme comme des transactions séparées. L’achat est enregistré au cours au comptant et les différences de change sur la dette sont comptabilisées selon l’approche de la double transaction. Au compte de résultat, les pertes ou gains de change sur le contrat à terme sont compensés par les gains ou pertes de change sur la dette en devises. L’exposé sondage de 1996 du FASB propose que, lorsque le contrat à terme ne porte que sur le montant net, seule la valeur de marché nette des contrats à terme soit mentionnée mais que, lorsque ces contrats sont dénoués à l’échéance par un véritable échange de devises, le contrat à terme soit considéré comme une dette en monnaie nationale et une créance en devise étrangère. C’est cette dernière solution qu’impose actuellement la norme SFAS 52 pour tous les contrats de couverture de change.

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