Cas particulier des comptabilités industrielles

Les diverses méthodes de comptabilité par prix de revient ne. sont pas autre chose que des tentatives de reconstitution des comptes d’opérations dans des cas où les opérations sont mal différenciées, où leurs charges propres sont difficiles à analyser.

L’analyse se fait alors à retardement, après un enregistrement préalable de toutes les charges, considérées en général selon leur nature. Elle est effectuée hors comptabilité, puis comptabilisée.

Ces tentatives sont admissibles lorsque du moins l’analyse a posteriori est possible en toute logique, et qu’au surplus la seconde condition est satisfaite; charges communes relativement peu importantes par rapport à la masse des charges propres. Un exemple favorable est celui de la production de séries importantes, simultanément, dans les mêmes ateliers, sur les mêmes machines (constructions mécaniques, vêtements de confection, etc.).

Etude de Situation et de Gestion dans les Comptabilités par opérations

En ce qui concerne l’étude de la Situation, aucun changement n’est apporté aux méthodes habituelles par la comptabilité par opérations. Au contraire, l’étude de la Gestion telle qu’elle est faite habituellement, qui suppose une marge brute et un bénéfice brut proportionnels au chiffre d’affaires, c’est à dire une étude statistique de la Gestion de l’entreprise, devient la plupart du temps impossible dans les comptabilités par opérations.

Si les opérations sont parfaitement différenciées entre elles, c’est qu’elles sont importantes et aussi relativement peu nombreuses. La loi des grands nombres ne joue pas, et toute étude de type statistique devient impossible. Il faut donc ici renoncer aux études de gestion classiques, et le fonctionnement de l’entreprise sera étudié opération par opération.

En fait c’est tout le principe de l’exercice et de la répartition des charges et des produits par périodes de temps égales qui est mise en cause dans les comptabilités par opérations.

Il faut bien, dans ces entreprises, arrêter un exercice annuel parce que l’usage et les lois l’exigent, mais sur le plan économique comme sur le plan comptable l’exercice est ici une gêne en même temps qu’un non sens, plus exactement un contre sens, et la détermination d’un résultat par exercice est toujours difficile. En effet, nous verrons que, dans la plupart des cas, les entreprises dont il s’agit font des opérations de longue durée, celles ci allant de quelques mois à plusieurs années, et c’est seulement lorsqu’une opération est terminée que son résultat peut être déterminé.

Nous examinerons ces entreprises à opérations de longue durée au Titre IV. Ici, nous donnerons seulement quelques exemples d’opérations d’une durée relativement courte ou moyenne.

Evolution des comptabilités par opérations

Il est important de remarquer que, depuis quelques années, diverses professions ont tendance à abandonner la méthode de la comptabilité par opérations, sous deux influences : d’une part, celle du Plan Comptable Général, qui ne l’évoque que très rapidement et sans y insister, tout en précisant les règles à respecter (reconstitution des comptes principaux de la classe 6, en fin d’année, par tous moyens appropriés) ; d’autre part celle des comptables eux mêmes qui, trop souvent, ne savent plus qu’appliquer à la lettre les règles générales du P.C.G.

Cette tendance est regrettable ; elle conduit les entreprises soit à tenir une comptabilité analytique bien inutile (c’est employer un marteau pour enfoncer un clou à dessin), soit à tenir hors comptabilité des tableaux tenant lieu des comptes par opérations, en plus des comptes de la classe 6, et sans contrôle comptable bien assuré.

Cette uniformisation irréfléchie ne semble pas être précisément un progrès.

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