La profession comptable au Royaume-uni
Certains auteurs estiment que l’encaissement de loyers a constitué l’une des premières activités de la profession, et que certains comptables indépendants étaient des sortes d’« agents financiers généraux ». Une étude détaillée (Jones, 1981), consacrée à l’évolution de Whinney Murray, cabinet à l’origine de la société Ernst & Whinney (qui devint Ernst & Young à la suite de la fusion avec Arthur Young en 1989), retrace l’évolution d’une association qui commença à Londres dans les années 1840. Elle montre que la majeure partie de l’activité de cette entreprise au milieu du XIX siècle avait trait à la liquidation de sociétés anonymes et que ce n’est que vers la fin du XIX siècle que l’audit et, dans une moindre mesure la comptabilité, commencèrent à représenter une part importante du chiffre d’affaires.
Les comptables, particulièrement en Écosse, constituèrent rapidement des associations professionnelles locales (par exemple à Edimbourg en 1854). Ces organisations permettaient à leurs membres de s’attirer des clients en mettant en avant leur compétence professionnelle et en les distinguant des autres praticiens. Elles donnèrent à la profession comptable une image organisée et apparemment cohérente. Elles constituèrent aussi des interlocuteurs représentatifs auxquels le gouvernement pouvait soumettre certaines questions, ce qui lui évitait de légiférer. Bien que les comptables britanniques se targuent d’être indépendants du gouvernement, surtout si on les compare par exemple à leurs homologues français, il n’en demeure pas moins vrai que l’influence gouvernementale a toujours existé mais qu’elle s’exerce davantage au travers de réunions confidentielles avec des représentants des organisations professionnelles que par une ingérence formelle. L’existence de groupements nationaux efficaces (par exemple l’Institute of Chartered Accountants of England and Wales (ICAEW Institut des experts comptables d’Angleterre et du Pays de Galles depuis 1880) a probablement été un facteur déterminant de l’absence de véritable réglementation comptable.
Il existe à l’heure actuelle plusieurs associations professionnelles de comptables:
- les associations régionales de Chartered Accountants,
- la Chartered Association of Certified Accountants,
- le Chartered Institute of Management Accountants,
- le Chartered Institute of Public Finance and Accountancy.
Les Chartered Accountants (experts comptables) sont membres de trois associations régionales:
- l’Institute of Chartered Accountants in England and Wales (ICAEW), qui comprend 100 000 membres;
- l’Institute of Chartered Accountants of Scotland (1CM), constitué de 14 000 membres;
- et l’Institute of Chartered Accountants in Ireland (1CM), qui compte 8 000 adhérents.
L’ICAEW (plus connu parmi les comptables britanniques sous le nom d’English Institute) se considère comme l’organisation principale. Sa taille lui confère d’ailleurs de fait une position dominante. Ses membres ont en général effectué un stage dans un cabinet d’audit à l’époque de leurs examens professionnels. La plupart des associés des cabinets d’audit sont membres de l’une de ces trois associations. De nombreux membres abandonnent cependant la révision externe pour des emplois dans l’industrie ou le commerce, sans que cela entraîne pour autant, contrairement à ce qui se passe dans d’autres organisations du même type, l’exclusion de l’association.
La Chartered Association of Certified Accountants (ACCA Association des comptables agréés) est la deuxième plus grande organisation avec 40 000 membres. Historiquement, elle s’est toujours prévalue de sa facilité d’accès et s’est opposée au malthusianisme des Chartered Accountants, notamment au début du siècle, à l’époque où un apprentissage payant était nécessaire pour accéder à ces associations. Bien que le nombre de petits cabinets d’audit soit en augmentation, la plupart des membres de l’ACCA font leur stage dans l’industrie et en général y restent. L’association, qui n’est pas limitée géographiquement, s’étend depuis de nombreuses années à d’autres États du Commonwealth et considère qu’elle a une vocation européenne et même mondiale.
Les membres de ces quatre associations sont habilités par le ministère du Commerce et de l’Industrie à réviser les comptes des sociétés sous réserve, bien sûr, qu’ils aient une expérience de l’audit et qu’ils aient réussi les examens professionnels. Pour être membre de l’une de ces associations, un individu doit, en plus de la réussite aux examens, avoir travaillé pendant trois ans dans un cabinet d’audit. Trois années supplémentaires sont nécessaires pour obtenir le practising certificate qui permet d’exercer la profession d’auditeur indépendant et de créer son propre cabinet.
Il existe deux autres organisations qui n’interviennent pas sur le marché de l’audit mais qui effectuent des missions particulières:
Le Chartered Institute of Management Accountants (CIMA Institut des comptables de gestion) est une association influente dont les 15 000 membres se consacrent essentiellement à la gestion financière des entreprises. Ils sont donc principalement concernés par les problèmes de contrôle budgétaire, de coûts, de prévisions, etc.
Le Chartered Institute of Public Finance and Accountancy (CIPFA Institut de finance et comptabilité publiques) est une association dont les membres sont actifs dans le secteur public, particulièrement dans les municipalités. Leurs intérêts portent essentiellement sur la bonne administration des fonds publics, l’encaissement des impôts locaux, etc.
L’expression chartered accountant, souvent considérée dans les autres pays comme synonyme d’auditeur indépendant, est généralement mal comprise puisqu’un chartered accountant ne fait pas forcément de l’audit et qu’un auditeur n’est pas forcément chartered accountant. Cette appellation, jalousement protégée par les trois instituts régionaux, signifie seulement que ces derniers ont bénéficié il y a longtemps d’un agrément royal (Royal Charter) qui confère à leurs membres le droit de porter ce titre. Plus récemment, les trois autres associations professionnelles se sont aussi vu accorder un tel agrément (d’où la présence de Chartered dans leur nom) mais pas le droit pour leurs membres de se prétendre chartered accountants. Toutefois, depuis janvier 1997, les membres de I’ACCA peuvent se dénommer « chartered certified accountants ».
Ces six organisations ne travaillent pas vraiment en harmonie. Elles disposent cependant d’un organisme commun, le Consultative Committee of Accountancy Bodies (CCAB comité consultatif des organisations comptables) qui offre une structure pour les rares occasions où elles éprouvent le besoin de coopérer. Rien n’empêche d’être membre de plusieurs associations, mais c’est assez onéreux en raison des cotisations à payer et cela ne procure aucun avantage particulier.
Une des particularités de ces associations est que chacune organise ses propres examens. Pour tout jeune diplômé, quelle que soit son orientation, l’appartenance à l’une des six organisations professionnelles est considérée comme essentielle par les employeurs car elle garantit une compétence technique. Un diplôme universitaire en comptabilité n’a quasiment pas de valeur sur le marché de l’emploi. Ce phénomène est dû à plusieurs facteurs: la précoce professionnalisation de la comptabilité au Royaume Uni; le pragmatisme britannique qui préfère une formation sur le tas à une formation théorique de type universitaire; et la reconnaissance tardive de l’enseignement commercial comme branche académique. Cela explique pourquoi la profession comptable a plus de membres et joue un rôle beaucoup plus important au Royaume Uni que dans la plupart des autres pays où l’appartenance à une association professionnelle est généralement liée à l’exercice libéral de la profession de comptable ou d’auditeur.
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