Les cabinets d’audit internationaux
March 13, 2008 – 9:59 am
Les larges disparités nationales en matière comptable, fiscale et d’audit sont source de problèmes pour le contrôle des filiales et l’établissement des comptes consolidés. La solution habituellement retenue par les entreprises multinationales est d’engager une firme d’audit unique opérant dans le monde entier et dont l’organisation est plus ou moins parallèle à la leur. Il existe actuellement six grandes sociétés d’audit (les « Big Six ») de dimension mondiale et garantissant un haut niveau de qualité. Ces réseaux se sont constitués au cours de vingt cinq dernières années, essentiellement par regroupement de cabinets comptables américains et britanniques.
Les cabinets internationaux ne sont pas, contrairement à leurs clients, organisés en groupes soumis à un contrôle centralisé. Il s’agit plutôt de réseaux de grands cabinets nationaux opérant à la fois aux niveaux national et international, qui partagent des dépenses communes de formation et utilisent des méthodes, des manuels et des procédures de contrôle de qualité unifiés. Si une multinationale dont le siège se trouve par exemple à Detroit engage un auditeur américain, toutes ses filiales étrangères seront auditées par les bureaux locaux de la firme d’audit. Le client ne connaîtra que ses interlocuteurs de Detroit, le contrôle des filiales étant pris en charge automatiquement. Le bureau de Detroit n’aura pas besoin d’un personnel très important puisque les travaux à l’étranger seront effectués par ses correspondants locaux. La situation est telle maintenant que la firme d’audit est parfois plus grande et plus connue que ses clients. Toute société qui cherche à s’agrandir ou à se faire coter a intérêt à se faire auditer par un «Big Six» car ces firmes présentent des garanties de nature à faciliter les relations avec le marché. La quasi totalité des principales entreprises multinationales utilisent les services des « Big Six ».
Cela ne signifie pas pour autant que ces derniers sont les seuls cabinets opérant au niveau mondial. Comme le montre le tableau 2, il existe d’autres firmes d’audit dont l’activité est internationale: on a néanmoins assisté au cours des quinze dernières années à un mouvement de concentration qui a poussé les cabinets de second rang à rejoindre les «Big Six » plutôt qu’à fusionner entre eux pour concurrencer ces derniers. Au Royaume Uni, par exemple, Binder Hamlyn a abandonné le réseau BDO en 1995 pour rejoindre Arthur Andersen. Le pouvoir d’attraction de la marque « Big Six» est très fort. Les firmes de second rang ne fournissent pas un véritable service de dimension mondiale. Elles se contentent généralement de collaborer lorsqu’un de leurs clients réalise une opération internationale.
Pour le moment, la profession d’auditeur reste organisée à l’échelon national, les affaires internationales étant réalisées par des échanges avec les correspondants locaux. Si les « Big Six » déplacent parfois certains collaborateurs d’un pays à l’autre, c’est généralement pour répondre aux besoins de leurs clients internationaux, chaque bureau disposant d’associés titulaires du diplôme professionnel local. La majeure partie de l’audit des filiales étrangères est donc effectuée par les bureaux locaux, de sorte que le personnel des grandes sociétés d’audit a rarement l’occasion de se déplacer à l’étranger.
Cela risque de changer au XVIe siècle sous l’effet de l’Accord général sur le commerce des services (Général Agreement on Trade in Services). Un groupe de travail de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) travaille en effet à la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles et à l’ouverture d’un marché mondial des services. Un de ses projets est de libéraliser la profession comptable et de faciliter l’internationalisation des services dans ce domaine. Ce groupe de travail espère parvenir à cet objectif par l’élaboration d’un ensemble d’instructions qui formerait le cadre dans lequel les États pourraient conclure des accords de reconnaissance mutuelle. Tout comptable diplômé dans un pays pourrait alors exercer dans un autre pays, sous réserve de réussir un examen supplémentaire sur la réglementation spécifique à ce second pays.
De tels accords existent déjà au sein de l’Union européenne, entre les États Unis et le Canada ainsi qu’entre l’Australie et la Nouvelle Zélande. Mais il s’agit de pays développés qui ont des structures professionnelles assez semblables. Les organisations professionnelles de ces pays ont généralement été réticentes à des accords de reconnaissance mutuelle avec des pays en développement. On verra quels progrès l’initiative de l’OMC permettra de réaliser. Il se peut qu’elle aboutisse à une croissance des sociétés d’audit de second rang ou à la création de véritables réseaux internationaux d’auditeurs dans les pays en développement. La structure mondiale de la profession s’en trouverait alors transformée.
Les normes internationales d’audit
Comme il a été dit aux chapitres 1 et 18, beaucoup d’entreprises multinationales ont choisi d’établir leurs comptes consolidés selon les normes de l’IASC ou les US GAAP. La diversité est moins grande entre normes d’audit qu’entre normes comptables, probablement parce que les conséquences économiques ne sont pas les mêmes. Des différences existent cependant, que l’on peut contourner en se fondant sur les normes internationales.
Les organisations comptables professionnelles des pays développés sont regroupées au sein de l’International Fédération of Accountants (IFAC), créée en 1977, qui élabore des directives en matière d’audit et se prononce également sur des sujets comme l’éthique ou la formation des comptables. Son comité sur les pratiques internationales d’audit a publié une série de normes de révision (International Standards of Auditing ISA) auxquelles il est souvent fait référence pour l’audit des comptes consolidés. Ces normes, qui ont été approuvées par l’IOSCO pour la révision des comptes des sociétés cotées.
Tout comme les MS, les normes internationales d’audit constituent un ensemble de pratiques de référence de nature à améliorer la qualité de l’information financière sur les marchés internationaux. Elles peuvent également servir de base au développement de directives nationales dans les pays où la profession comptable est relativement réduite ou en train d’évoluer. La citation suivante, extraite du rapport d’audit de Nestlé, témoigne de l’importance de ces normes: « Nous avons effectué notre révision selon les normes internationales de révision et les normes reconnues par la profession en Suisse » KPMG (Nestlé, rapport annuel 1995).