Les facteurs d’hétérogénéité

La diversité de présentation des états financiers

L’information contenue dans les états financiers a toujours été plus abondante dans les pays anglo saxons. Les entreprises américaines ou britanniques publient en effet depuis longtemps des « notes sur les comptes » alors que leurs homologues européennes se sont longtemps contentées de l’établissement d’un bilan et d’un compte de résultat. Cette différence est due principalement aux marchés financiers qui jouent un rôle beaucoup plus important dans le monde anglo saxon et au souci de transparence dont les organismes de normalisation de ces pays ont toujours fait preuve.

Du fait de l’internationalisation des échanges, les différences nationales tendent à s’estomper au profit d’un alignement sur les exigences d’information les plus complètes. La plupart des grandes entreprises du monde industrialisé produisent maintenant une information comparable, quelles que soient par ailleurs leurs obligations légales. Les réglementations nationales elles mêmes se sont harmonisées sous l’influence des normes comptables internationales et surtout des efforts inter étatiques. La 4 directive de l’Union européenne a ainsi imposé l’établissement d’une annexe faisant partie intégrante des états financiers et qui, outre un certain nombre d’éléments obligatoires, est censée contenir toute information nécessaire à la compréhension du bilan et du compte de résultat. Le travail de l’analyste s’en trouve facilité mais, malgré cela, d’importantes différences de présentation demeurent.

Le bilan peut être présenté soit en colonnes (actif et passif côte à côte), soit en liste (actif puis dettes et capitaux propres). La première présentation met l’accent sur la correspondance entre les ressources (le passif) et les emplois (l’actif). Elle illustre l’égalité «actif = passif». Caractéristique d’une approche qui considère l’entreprise comme un pool de ressources, elle privilégie la recherche des grands équilibres et en particulier du fonds de roulement. Il ne faut donc pas s’étonner si cette présentation a la faveur des pays de tradition franco germanique. En France, c’est d’ailleurs la présentation choisie par le Plan comptable général.

D’un point de vue linguistique, il est intéressant de noter que si en allemand et en français, chaque côté du bilan est désigné par un mot particulier (actif; Activa et passif; Passiva), l’anglais n’a pas d’expression pour désigner le passif. Celui ci est simplement décomposé en dettes (liabilities) et capitaux propres (equity). Ceci renforce la différence conceptuelle apparente dans la présentation du bilan. La présentation en liste met l’accent sur les capitaux propres en insistant sur leur caractère résiduel qui découle de l’identité « actifs dettes = capitaux propres ». Elle considère l’entreprise plus comme un capital investi par les propriétaires que comme un pool de ressources. Elle privilégie la rentabilité des fonds propres et est donc caractéristique de l’approche anglo saxonne. C’est la présentation adoptée par la quasi totalité des entreprises britanniques. Les sociétés américaines sont en revanche plus partagées entre les deux modèles. Depuis quelques années, l’internationalisation du financement des sociétés et la part croissante des marchés dans ce financement poussent de plus en plus d’entreprises d’autres pays à adopter aussi cette présentation.

Au bilan, les actifs sont classés selon leur liquidité et les dettes en fonction de leur exigibilité. L’ordre de classement établit une correspondance entre actif et dettes de terme équivalent. Le classement par ordre de liquidité et d’exigibilité croissantes aboutit à inscrire en premier lieu les actifs immobilisés et les capitaux permanents. Combiné à une présentation du bilan en colonnes, il met immédiatement en évidence le fonds de roulement. C’est le mode de présentation imposé en France et en Belgique pour les comptes individuels. Il n’existe cependant pas de relation automatique entre la forme du bilan (colonnes ou liste) et l’ordre de classement des éléments. Ainsi, en Grande Bretagne, le classement par ordre de liquidité et d’exigibilité croissantes domine alors que c’est l’inverse aux États Unis, bien que, dans ces deux pays, la présentation du bilan en liste soit la plus courante.

D’un point de vue théorique, l’ordre de présentation est secondaire car les différences sont transparentes. Ce jugement doit cependant être nuancé. En Europe continentale, le bilan présente généralement les charges et produits différés sous une rubrique particulière au bas du bilan. Avec la présentation en liste, ces éléments sont rarement apparents car ils sont souvent compris dans d’autres postes. Les comptes de régularisation d’actif tels que les charges payées d’avance sont par exemple inclus dans les « débiteurs divers », un élément de l’actif circulant qui comprend d’autres éléments tels que certains frais d’acquisition d’actifs qui doivent être amortis sur 5 ans maximum (qui, selon d’autres réglementations, seraient ajoutés à la valeur comptable de l’actif correspondant) ou des frais d’émission d’actions (qui, ailleurs, seraient imputés sur la prime d’émission). Ces montants sont néanmoins rarement significatifs.

Plus délicate est la question du classement de la fraction à court terme des créances et dettes à long terme. Deux conceptions s’opposent à ce niveau. Les uns considèrent que la partie des créances ou des dettes à long et moyen terme qui devient exigible à moins d’un an doit être transférée dans l’actif circulant ou le passif à court  terme, en application du critère de classement selon l’échéance(c’est le cas aux Etats Unis et en Grande-Bretagne).

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