Le traitement comptable du goodwill
March 13, 2008 – 10:38 am
Le traitement comptable du good will est certainement l’un des sujets qui ont suscité le plus de polémiques. Son importance est grande pour l’analyse financière car la solution adoptée a une influence directe sur les performances du groupe et la structure du bilan consolidé. Rappelons que le good will désigne la différence entre le prix de la participation et la fraction correspondante de l’actif net réévalué de la filiale à la date d’acquisition de la participation. L’interprétation de cet élément est difficile. On peut y voir le supplément de prix payé par l’acquéreur pour l’obtention des éléments incorporels non identifiables de la société X (clientèle, savoir faire, etc.). On peut aussi considérer qu’il s’agit de l’anticipation de revenus futurs tirés de la participation. On peut également estimer que cet écart n’a pas de justification économique et qu’il est dû au fait que l’acquéreur a réalisé une mauvaise affaire. On peut enfin considérer que le prix payé représente une estimation de la valeur actuelle des revenus futurs de l’investissement et qu’il n’a donc rien à voir avec la valeur des différents actifs de l’entreprise acquise. La polémique quant au traitement du goodwill résulte de cette difficulté d’interprétation.
Certains considèrent que, dans un monde marqué par la rationalité économique, le paiement d’un good will ne peut s’expliquer que par l’anticipation d’avantages économiques futurs, que ceux ci soient dus à des éléments incorporels non comptabilisés ou aux perspectives de croissance de la filiale. Dans ces conditions, le good will a toutes les caractéristiques d’un actif. Il doit donc être comptabilisé comme tel au bilan consolidé et amorti sur sa durée prévisible d’utilisation.
Compte tenu de la difficulté d’attribuer au good will une origine précise, d’autres craignent que cette solution aboutisse à la comptabilisation d’un actif fictif. Ils estiment donc préférable de faire disparaître immédiatement le good will en le déduisant des capitaux propres consolidés dès l’acquisition de la participation.
Pendant longtemps, ces deux conceptions se sont affrontées sans que l’une d’elles s’impose. Depuis la révision des normes de l’IASC, la thèse de l’activation du good will a pris un avantage qui risque de s’avérer déterminant. L’IAS 22 exige en effet maintenant la comptabilisation du good will à l’actif. Cette solution, en usage depuis longtemps aux États Unis, n’est pas encore d’application universelle. Beaucoup de pays continuent en effet d’admettre les deux méthodes (Allemagne, halle, Pays Bas, Royaume Uni).
Les deux solutions produisent des effets différents sur les comptes. La comptabilisation du goodwill à l’actif provoque une diminution des résultats des exercices suivants en raison de l’amortissement de cet élément. L’imputation sur les capitaux propres évite cet inconvénient mais aboutit en revanche à un accroissement des ratios d’endettement. Il semble que les entreprises attachent plus d’importance au niveau de leurs bénéfices qu’à celui de leurs fonds propres puisqu’on constate que, dans les pays où elles en ont la possibilité (Allemagne, Royaume Uni, Suisse, etc.), la plupart d’entre elles choisissent de déduire le good will des capitaux propres consolidés. L’appréciation des performances et de la structure financière des groupes à croissance externe forte suppose donc l’examen du mode de comptabilisation du good will.
La procédure habituelle consiste à retraiter le bilan lorsque le good will a été déduit des capitaux propres. Cette tâche est difficile lorsque l’acquisition remonte à plusieurs années et que les comptes ne portent plus trace du good will dégagé à l’époque. Conscientes de ce problème, certaines entreprises font apparaître clairement au bilan le total du good will imputé sur les capitaux propres. Cela permet aux utilisateurs des états financiers de calculer le montant de l’actif net avant déduction de ce poste. En tout état de cause, l’activation du good will ne suffit pas à assurer la comparabilité des comptes entre entreprises en raison de la diversité des durées d’amortissement. En principe, le goodwill devrait être amorti sur sa durée d’utilisation. La nature particulière de cet actif rend impossible toute estimation objective de cette durée. Des durées maximales ont donc été définies, qui vont de quarante ans aux États Unis à cinq ans dans l’Union européenne. L’IASC s’est, pour sa part, prononcé pour une durée maximale de cinq ans qui peut néanmoins être portée à vingt ans dans des cas justifiés. En pratique, les durées d’amortissement sont très diverses à l’intérieur même d’un groupe, ce qui rend difficiles les comparaisons interentreprises.
Pour éviter que l’amortissement du good will ne pénalise trop lourdement les résultats futurs, les entreprises peuvent être tentées de sous évaluer cet élément en majorant l’évaluation des actif identifiables de la filiale (terrains, constructions, matériels, agencements, etc.). Compte tenu de son caractère résiduel, le good will sera en effet diminué d’autant. En raison de la subjectivité de toute évaluation d’actif, il est facile de faire varier le good will dans des proportions importantes.
Pour que cette man oeuvre aboutisse à une diminution de la charge future d’amortissements, la surévaluation doit porter sur des actifs à durée d’utilisation longue (constructions) ou, mieux encore, non amortissables. Les possibilités offertes par la surévaluation des terrains étant finalement limitées, l’idéal était de découvrir d’autres actifs pouvant être considérés comme non amortissables. Les marques commerciales ont joué ce rôle. Le flou qui entoure les actifs incorporels a en effet permis à certaines entreprises de prétendre qu’il n’y a pas lieu d’amortir les marques en raison des importantes dépenses de publicité consacrées chaque année à l’entretien de celles ci. En attribuant une valeur énorme aux marques des sociétés acquises, ces entreprises sont parvenues à diminuer d’autant le good will. Cette pratique se heurtera prochainement à la future norme de l’IASC qui stipule que tous les actifs incorporels (y compris les marques commerciales) doivent être amortis.
Il est probable que les règles de comptabilisation des actifs incorporels évolueront, puisque les marques s’imposent de plus en plus comme des éléments clés de la valeur des entreprises, en particulier lorsqu’il s’agit de biens de consommation. Cela remet en cause l’approche traditionnelle qui ne voit dans ces biens que des actifs « mous’> dont la valeur est difficile à estimer. Aux États Unis, les marques doivent être amorties au même rythme que le good will. Elles sont donc rarement comptabilisées comme telles, d’autant plus que leur amortissement n’est pas fiscalement déductible. Si la position de l’administration fiscale évoluait, comme cela semble vouloir être le cas, il est vraisemblable que les pratiques changeraient. D’une façon générale, les règles de comptabilisation des actifs incorporels sont différentes d’un pays à l’autre.