Éléments extraordinaires et éléments exceptionnels
March 13, 2008 – 5:17 pm
Une des préoccupations essentielles de l’analyste financier est de déterminer la capacité bénéficiaire de l’entreprise, c’est à dire le bénéfice que celle ci peut réaliser de manière durable. La structure du compte de résultat a pour but de l’aider dans cette tâche en isolant les opérations et événements qui ne sont pas censés se reproduire de manière régulière. Selon les cas, les produits et les charges sont ventilés selon la distinction courant/exceptionnel ou l’opposition ordinaire/extraordinaire. Ces deux modes de classement n’étant pas équivalents, il en résulte une grande confusion quant à la signification des éléments en cause.
La distinction courant/exceptionnel est celle généralement utilisée dans les pays d’Europe continentale. Fondée sur la fréquence des opérations ou des événements, elle oppose ceux qui se reproduisent régulièrement à ceux qui ont un caractère inhabituel. Ainsi, la défaillance d’un gros client pourra être considérée comme un élément exceptionnel si la perte correspondante dépasse les montants habituellement supportés par l’entreprise.
La distinction ordinaire/extraordinaire, en usage dans les pays anglos saxons, est au contraire fondée sur la nature des activités. Elle oppose les opérations qui relèvent des activités principales de l’entreprise et celles qui ont une autre origine. Ce n’est donc pas la fréquence d’un événement ou d’une transaction qui détermine son classement, mais sa nature (bien qu’un élément extraordinaire qui se reproduit chaque année puisse finir par ne plus être considéré comme extraordinaire). Ainsi, pour reprendre l’exemple précédent, la dépréciation d’une créance sur un client ne peut, quel que soit son montant, être considérée comme un élément extraordinaire puisqu’elle relève d’activités qui constituent l’objet même de l’entreprise. Les éléments extraordinaires sont donc, en définitive, extrêmement rares. L’IAS 8 cite, à titre d’exemple, les tremblements de terre.
L’analyste qui souhaite isoler les éléments inhabituels n’est cependant pas démuni. L’entreprise doit en effet, même si son compte de résultat repose sur la distinction ordinaire/extraordinaire, indiquer, pour chaque catégorie de charges et de produits, ceux qui ont un caractère exceptionnel.
La question reste toutefois épineuse. Dans les pays anglos saxons, les éléments extraordinaires ont toujours été éliminés du calcul du bénéfice par action. Pour provoquer une hausse de cours de leurs actions, les sociétés cotées ont donc intérêt à considérer leurs charges comme extraordinaires et leurs produits comme ordinaires. Pour éviter cela, la réglementation britannique a limité les éléments extraordinaires à des événements extrêmement rares peu susceptibles de se reproduire. Dans le même temps, les provisions pour restructurations et les cessions d’actifs étaient définitivement considérées «ordinaires» et, éventuellement, «exceptionnels ». En France, les mêmes opérations seraient considérées comme exceptionnelles. Les analystes, qui sont invités à lire la partie correspondante du chapitre consacré au Royaume Uni, doivent considérer que tout classement en la matière est sujet à caution. Il leur appartient de rechercher dans l’annexe la nature de chaque transaction suspecte et de se forger leur propre opinion.